Devenir ami avec la méditation — une expérience de retraite au Népal
La méditation, j’ai mis du temps à être amie avec elle. Car le petit singe hyper actif, comme le décrit Mingyour Rinpoché, qui n’arrête pas de me distraire est très présent chez moi, et j’ai mis du temps à vivre des expériences où mon esprit ordinaire se posait, où je n’étais plus, pendant un instant, la victime de ce singe fou.
Les premières fois où je faite l’expérience de ce répit, c’était pendant des enseignements avec Sogyal Rinpoché, lorsqu’il s’est assis avec nous. Puis, petit à petit, j’ai pu retrouver ces expériences seule sur mon coussin de méditation.
Cet hiver, j’ai passé un mois en retraite personnelle au Népal.

C’était la première fois que je partais en retraite si longtemps. J’avais déjà fait des retraites de méditation à Lérab Ling, et puis une retraite personnelle d’une semaine. Mais là, c’était le grand saut… Et je ne regrette pas un seul instant !
J’ai pu sentir l’évolution de mon esprit ordinaire au cours des jours et des semaines, contrairement à la retraite d’une semaine que j’avais faite où je n’arrivais pas à me poser.
C’est incroyable comme, finalement : à lui donner du calme, l’esprit finit vraiment par se déposer. J’ai vécu de l’intérieur cette phrase que Sogyal Rinpoché nous répète toujours :
L’eau, si on ne l’agite pas, s’éclaircit d’elle-même ;
L’esprit, laissé inaltéré, retrouve sa paix naturelle.
J’ai pu ressentir cela très fort, et cela m’a donné une base plus stable pour ma méditation quotidienne, car je sais maintenant que c’est possible, et qu’en se donnant les moyens d’une retraite assez longue, ça marche !
J’ai pu expérimenter aussi que l’esprit ne réagissait plus avec la même excitation aux situations. J’ai enfin compris ces enseignements qui décrivent plus en détail le fonctionnement de notre esprit, et qui expliquent comment la méditation permet de créer davantage d’espace entre la 6ème conscience qui connaît purement et simplement, et la 7ème conscience problématique qui juge et réagit à tout.*
De faire cette retraite dans un monastère a aussi été très inspirant, car l’environnement extérieur est un environnement de retraite. De ne croiser que des personnes qui sont sur le même chemin et en retraite est très motivant pour accomplir ses pratiques. On se sent connectés à un chemin similaire, ce chemin qui demande du courage. La présence des autres est alors un énorme soutien. C’est le principe de l’environnement extérieur qui nous aide à créer l’environnement intérieur : plutôt que d’être chez soi où il y a plein d’objets et d’habitudes, qui nous rappellent la vie mondaine, là, au moins, on n’a “que ça à faire” !

Ça me rappelle souvent l’histoire des singes qui gigotaient autour d’un méditant, et qui essayaient en vain de le distraite, et qui pour finir se sont mis à l’imiter, et finalement ont atteint l’éveil.
Transformer l’esprit, c’est vraiment possible, et partir en retraite est maintenant pour moi un moyen nécessaire pour lui donner cet espace où il peut se transformer.
Vivement cet hiver, pour repartir ! :-)
Nadia

Note*: Les huit collections de la conscience, ou huit consciences, constituent une manière de classifier les fonctions de l’esprit selon l’école Chittamâtra du bouddhisme Indien. Cette présentation permet de d’expliquer de manière plus détaillée le fonctionnement de l’esprit conceptuel, en se référant particulièrement à ce qui se passe au cours de la pratique de la méditation.

![Quelle est la relation entre la méditation et le processus de création artistique ? Quelle type de création émerge d’un esprit clair et méditatif ? Est-ce que cela dépend de sa motivation, d’une démarche réfléchie, ou encore de sa capacité à se relier à une source d’inspiration qui dépasse notre esprit ordinaire ?
Je vous livre deux citations de deux grands maîtres de la tradition du bouddhisme tibétain qui ont exploré ces questions :
Sogyal Rinpoché écrit :
Tout acte, toute manifestation individuelle de créativité, que ce soit en musique, en peinture, en poésie, […] jaillit d’une source mystérieuse d’inspiration et est converti en forme par l’intermédiaire d’une énergie dont le rôle est de traduire et de communiquer. […] Je pense qu’une grande œuvre d’art est semblable à la lune brillant dans un ciel nocturne ; elle éclaire le monde mais la lumière qu’elle répand n’est pas sienne, c’est celle que lui prête le soleil caché de l’absolu. Pour beaucoup, l’art a été une aide qui leur a permis d’entrevoir la nature de la spiritualité. Cependant, les limites d’une grande partie de l’art moderne ne sont-elles pas dues à la perte de cette connaissance des origines et du but sacrés de l’art : donner à l’homme une vision de sa vraie nature et de sa place dans l’univers, et lui restituer, constamment renouvelés, la valeur et le sens de la vie, ainsi que ses possibilités infinies ? La véritable signification de l’expression artistique inspirée ne réside-t-elle pas alors dans le fait qu’elle est apparentée au champ du sambhogakâya*, cette dimension d’énergie incessante, lumineuse et bienheureuse, que Rilke appelle “l’énergie ailée de la joie”, ce rayonnement qui transmet, traduit et communique la pureté et le sens infini de l’absolu à ce qui est fini et relatif […] ?**
Et Chögyam Trungpa Rinpoché nous parle de nos actes du quotidien pouvant être transformés et un art grâce à la méditation :
L’art de l’expérience méditative pourrait être qualifié d‘art véritable. Un tel art n’est pas conçu pour l’exposition ou la diffusion. Au lieu de cela, c’est un processus en perpétuelle croissance au cours duquel nous commençons à apprécier ce qui nous entoure dans la vie, quoi que ce soit - et cela n’a pas nécessairement besoin d’être bon, beau, et agréable. La définition de l’art, de ce point de vue, est d’être capable de voir le caractère unique de l’expérience du quotidien.
Nous pourrions être en train de répéter les mêmes actes - se brosser les dents tous les jours, se peigner les cheveux chaque jour, ou encore cuisiner nos repas quotidiens. Mais cette répétitivité apparente devient unique tous les jours. Une sorte d’intimité se fait jour avec nos habitudes quotidiennes et l’art que nous y apportons. C’est pourquoi on pourrait qualifier cela d’art dans la vie de tous les jours.***
Voici quelques sites d’artistes à explorer qui suivent une tradition de méditation :
Clear Light Collective
Dharme|Arte
Le Mont du Retour (blog d’où la photo ci-dessus est extraite)
The Art of Kongtrul Jigme Namgyel
Seeing Fresh
Delphine Charlotte
David Rycroft
J’espère pouvoir continuer à explorer ce thème de méditation et créativité dans les mois qui viennent…
Sébastien
Note* : terme Sanskrit utilisé dans la tradition bouddhiste et qui désigne une des trois dimensions de notre nature éveillée.
Note** : Extrait du chapitre 21 du Livre Tibétain de la Vie et de la Mort de Sogyal Rinpoché.
Note*** : Extrait de Dharma Art de Chögyam Trungpa Rinpoché (traduit par l’auteur du blog). L’ouvrage existe aussi en français aux éditions du Seuil sous le titre Dharma et Créativité, mais je ne l’avais pas sous la main.](http://25.media.tumblr.com/tumblr_m39lymQMJn1r9ltkuo1_500.jpg)


